
L’aluminium est largement utilisé pour les canettes de boissons grâce à sa légèreté, sa malléabilité, sa bonne résistance à la corrosion, mais également parce qu’il est recyclable à l’infini et plus sûr que le verre sur les sites festifs ou sportifs.
Sa résistance à la corrosion repose notamment sur la présence d’un revêtement interne et la formation spontanée d’une fine couche d’oxyde d’aluminium (Al₂O₃), à la surface du métal.
Cependant, dans certaines conditions, ces barrières peuvent être altérées, entraînant des phénomènes de corrosion pouvant aller jusqu’à la perforation des canettes. La présence de sucre, capable de se complexer avec les ions aluminium, constitue alors un facteur aggravant majeur.
Cet article présente les mécanismes de corrosion impliqués et propose des conseils pratiques pour réduire les risques techniques et financiers liés à l’incompatibilité entre formulation et emballage en aluminium.
1. Le rôle du revêtement interne
Pour prévenir la corrosion, les canettes sont généralement revêtues intérieurement d’un film protecteur (souvent un vernis organique). Toutefois :
- Ce revêtement peut se dégrader dans le temps, sous l’effet de certaines formulations agressives.
- Il peut aussi présenter des défauts microscopiques (bulles, microfissures, mauvaise adhésion), laissant localement l’aluminium exposé.
- Certaines substances, comme le sucre ou les acides, peuvent interagir avec le revêtement et en modifier les propriétés de barrière de protection.
2. Les facteurs aggravants
Plusieurs facteurs liés à la formulation des boissons peuvent expliquer une corrosion prématurée de l’aluminium :
- Un pH acide : la majorité des boissons (sodas, jus, boissons énergisantes, cocktails…) ont un pH acide (souvent entre 2,5 et 4). En dessous d’un certain seuil (pH ≲ 4), la couche d’oxyde naturelle, lorsqu’elle est au contact du liquide, peut se dissoudre partiellement, rendant le métal plus vulnérable.
- Une teneur élevée en sucre : les sucres (comme le saccharose, le glucose ou encore le fructose) peuvent former des complexes avec les ions aluminium libérés à la surface. Ce phénomène empêche la reformation de la couche protectrice d’oxyde, ce qui favorise la corrosion continue du métal.
- La présence d’alcool : l’éthanol peut altérer le vernis protecteur, surtout en présence d’acides et de sucres. Il modifie également la polarité du mélange, ce qui affecte la solubilité des ions et la stabilité du film d’oxyde. L’association alcool + sucre + acidité crée un milieu particulièrement agressif pour l’aluminium.
- Une conductivité accrue : les solutions riches en sucre (et/ou en acides organiques) présentent une conductivité électrique plus élevée. Cela facilite les échanges d’ions et d’électrons à la surface du métal, accélérant ainsi les réactions de corrosion électrochimique.
3. Un phénomène de type pile électrochimique
Le mécanisme de corrosion peut être comparé à ce qui se passe dans une pile :
- L’aluminium joue le rôle de l’anode : c’est lui qui s’oxyde en libérant des électrons (Al → Al³⁺ + 3e⁻).
- Le liquide de la boisson (mélange d’eau, d’acides, d’alcool, de sucre, etc.) agit comme un électrolyte.
- Des micro-hétérogénéités, contenant des impuretés, dans le métal ou dans le revêtement intérieur de la canette, peuvent jouer un rôle de catalyseur de réduction et ainsi créer des cellules électrochimiques locales : petites zones anodiques et cathodiques où s’opèrent des réactions d’oxydation/réduction.
Résultat : un courant électrique local se crée, accélérant l’oxydation de l’aluminium. La corrosion s’installe de manière localisée, souvent sous forme de piqûres, qui peuvent, à terme, compromettre l’intégrité de la canette.
4. Les conséquences potentielles de la corrosion
- Altération du produit : des ions métalliques libérés par la corrosion peuvent interagir avec la boisson et engendrer des altérations organoleptiques ou d’instabilité de la couleur.
- Perforation de la canette : si la corrosion progresse jusqu’à traverser la paroi, elle peut provoquer des fuites.
Exemple d’une corrosion, ayant entraînée des perforations d’une canette en aluminium
5. Comment se prémunir de ces risques
Ces phénomènes restant souvent discrets au début, comment anticiper les risques ?
Quelques tests et observations sur les canettes vont vous permettre d’éliminer les lots à risque :
Sacrifier 2 ou 3 cannettes de chaque lot en les découpant pour pouvoir observer minutieusement l’état du revêtement intérieur, si besoin à la loupe.
Tester la compatibilité de la boisson avec le matériau de la canette, en réalisant des tests de vieillissement accéléré (suggestion de protocole en annexe).
A l’issue de ces tests, observer l’altération éventuelle du revêtement intérieur et une modification éventuelle des propriétés organoleptiques du produit et de sa couleur.
🔴 Dans la mesure ou aucun défaut n’a été détecté et pour exclure totalement le risque, à l’issue des tests de vieillissement accéléré, il est conseillé néanmoins de :
- Procéder à des tests triangulaires de dégustation (comme décrit dans l’article de ce blog « Bonnes Pratiques de Dégustation des Spiritueux issus de produits fermentés), avec plusieurs dégustateurs confirmés.
- Un dosage de l’aluminium dissous, à comparer avec la boisson témoin conservée dans un flacon en verre.
ANNEXE : Exemple de protocole type d’un test de vieillissement accéléré des canettes
Échantillons
- 4 à 6 canettes pleines par lot ou fournisseur, pour les tests de vieillissement accéléré.
- Conserver au moins 2 canettes pleines, par lot ou fournisseur, à température ambiante pour comparaison.
- Conserver la boisson témoin en, 4 flacons verre, capsule à vis, joint bakélite, d’au moins 200ml, à température ambiante et à l’abri de la lumière.
Conditions de stockage accéléré
- Température : 40 ± 2 °C
- Durée : 4 à 6 semaines (équivaut approximativement à 6 à 12 mois à température ambiante).
- Position : 2 canettes debout et 2 couchées (pour tester le contact prolongé du liquide avec la soudure et le couvercle).
- Optionnel : un second jeu à 50 °C pendant 2 semaines pour stress thermique extrême.
Contrôles
Chaque semaine, inspection visuelle externe de toutes les canettes: gonflement, fuite, déformation.
Au bout de 4 semaines, ouverture et observation interne d’une canette :
- Prélever le contenu.
- Découper la canette
- Comparer la paroi interne, avec une canette témoin.
- Rechercher : taches sombres, piqûres, perte de brillance, décollement du revêtement intérieur.
Mesures analytiques sur le liquide :
- pH (variation possible liée à la corrosion).
- Observation sensorielle : goût métallique, variation de couleur, dépôt éventuel par comparaison avec la boisson témoin.
Interprétation
- Absence de corrosion visible et stabilité du goût/couleur → compatibilité satisfaisante.
- Décollement du vernis ou changement de pH > 0,3 unité → interaction chimique probable.
- Présence de piqûres, zones sombres, aluminium dissous élevé (>0,5 mg/L) → incompatibilité de la canette avec la formulation.
🔴 Si au bout des 4 semaines de tests, pas de détection de détérioration de la canette, ni de la boisson, poursuivre au moins 2 semaines de plus le test de vieillissement accéléré sur les canettes restantes et recommencer les inspections et mesures analytiques à la fin du test.
Article co-écrit par :
Evelyne CHANSON – Docteur Ingénieur en analyses – Consultante en Contrôle Qualité Vins & Spiritueux – EC Consulting
et
Claude CHANSON – Docteur Ingénieur en Chimie minérale – Consultant dans le domaine des batteries – EC Consulting
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